Maze Magazine, le 11 Octobre 2021

"Arène" : Péplum reality show

 

La compagnie Acid Drama revient avec sa seconde création à La Reine Blanche. En 2019, ils revisitaient sur scène Titanic avec Iceberg. Toujours sur le même ton parodique, Arène propose une lecture amusante et actuelle de Gladiator, du 14 au 27 octobre.


En avril dernier, les salles de spectacles n’avaient toujours pas ouvert leur portes, laissant une partie de la culture n’être plus que consommation virtuelle. Pourtant, nous avons pu nous rendre au théâtre de La Reine Blanche pour assister à la dernière création de la compagnie Acid Drama. Elle sera jouée du 14 au 27 octobre. Assis sur le plateau, les rires provoqués par cette comédie se sont mêlés à l’émotion de pouvoir voir de nouveau un spectacle vivant, des acteur.rices de chair et d’os. Deux ans après Iceberg, Mélodie Le Blay, William Pelletier, Achille Sauloup, Elsa Parent-Koenig – en alternance avec Benjamin Dussud et Mattias De Gail offrent une relecture parodique du film Gladiator de Ridley Scott. Par la magie du jeu, ils recréent un tout petit péplum reprenant les personnages de l’empereur Marc-Aurèle, son fils Commode et évidemment du Grand Général des Armées, Maximus Decimus Meridius. Avec très peu d’éléments de mise en scène et de superbes costumes d’époque, Arène doit beaucoup au jeu de ses comédien.nes déployant toute leur énergie à faire surgir cette épopée antique.
L’écriture maline de la pièce pose un double regard en mettant en scène le couple de dieux romains Jupiter et Junon, installés sur l’Olympe et prêts à regarder leur feuilleton favori. Celui-ci consiste à une observation commentée des simples mortels que sont nos héros, comme s’ils regardaient un programme de télé-réalité. A ceci près qu’en qualité de dieux, ils peuvent intervenir directement dans l’histoire. A travers ce prisme de fiction antique, cet univers très « mâle », Arène interroge les notions de virilité et de masculinité. Ils posent la question « Qu’est ce qu’un homme ? » mais questionnent aussi la notion de couple. Ils s’amusent ainsi des mythes et des clichés toujours d’actualité pour le plus grand plaisir des spectateur.rices.

 

Diane Lestage

https://maze.fr/author/diane_lestage/

Maze Magazine, le 11/10/2021

Froggy's Delight, le 19 Juillet 2019

Comédie parodique écrite et mise en scène par Mélodie Le Blay et William Pelletier, avec Boris Balsan, Elsa Parent-Koenig, Mélodie Le Blay et Mattias De Gail.

photo © Tristan Ponsot

 

Intitulée "Iceberg", la première création de la jeune Compagnie Acid Drama, ne vise pas, nonobstant sa percutante anthropomorphisation du glaçon géant, au théâtre écolo-documentaire sur les thématiques du réchauffement climatique et la fonte des glaces mais simplement au divertissement.

Dans cet opus qualifié "parodie poétique, romance décalée", "iceberg" rime avec "Titanic" dont est relaté le naufrage - tel que revu à l'aune de la romance dramatique hollywoodienne du film-culte de James Cameron - et ce, non en remake théâtralisé mais par une cocasse relecture des scènes cultes placée sous le registre comique du café-théâtre.

Celles-ci résultent d'une écriture de plateau menée par un quintet inspiré et la partition enchasse, sur toile de fond de catastrophe maritime avec capitaine angoissé (Boris Balsan) et présentatrice météo visionnaire (Elsa Parent-Koenig) avec un télescopage temporel, l'idylle entre le beau Jack à voile et à vapeur (Mattias De Gail) et Rose la belle héroïne rescapée Mélodie Le Blay) et une chasse au trésor englouti mené par un aventurier contemporain (William Pelletier).

Efficacement mise en forme et en scène par Mélodie Le Blay, comédienne-metteuse en scène, et William Pelletier, scénariste-acteur, et dispensée avec dynamisme, avec force anachronismes tous azimuts, des réseaux sociaux aux gilets jaunes, et un brin d'interactivité, elle remplit pleinement son cahier des charges.

Dans une scénogaphie mixant d'astucieux éléments de décor en carton-pâte au graphisme inspiré de la ligne claire de la bande dessinée élaborés par Vincent Le Plat avec d'amusantes illustrations de Hugo Cavadini et animations vidéo de Loïc Ruterana, les comédiens multi-rôles assurent la loufoquerie d'un spectacle jubilatoire avec surjeu de rigueur et de bon aloi.

Donc pari réussi pour cette fine et fraîche équipe.

 

MM, Froggy's Delight le 19/07/2019

https://www.froggydelight.com/article-22362-Iceberg.html


Le Point Pop, le 9 Novembre 2018

 
 

Une jeune compagnie s'est lancé un pari osé : transposer, sur les planches, le blockbuster de James Cameron. Résultat ? Un spectacle parodique et poétique.

photo © Caterina Biasi

 

Quand on leur demande de résumer l'intrigue de leur spectacle, les jeunes comédiens de la compagnie Acid Drama multiplient les blagues. « Jack et Rose sont sur un bateau, Jack tombe à l'eau, que reste-t-il ? » se risque l'un. « C'est l'histoire du Titanic racontée par des icebergs », se risque un autre. On l'aura compris, les membres de cette petite troupe ne se prennent pas au sérieux. Et c'est heureux, car le show burlesque* qu'ils proposent au théâtre de Ménilmontant lorgne résolument du côté des Monty Python. La joyeuse bande est à l'origine de l'un des spectacles les plus audacieux de cet automne. L'un des plus risqués aussi.
Adapter pour le théâtre le film de James Cameron, sorti en France en 1998 et couronné par 11 oscars, mais aussi et surtout par un succès planétaire (plus d'un milliard de dollars de recette mondiale au box-office)..., il fallait oser. « Le cinéma 
nous inspire et fait partie de notre champ d'exploration artistique. Ce qui nous a d'abord intéressés avec Titanic, c'est l'incroyable engouement qu'il a suscité. Notre génération a grandi avec ce film dont nous connaissons encore les répliques cultes », justifient Mélodie Le Blay et William Pelletier, auteurs de ce show culotté. L'idée de ce spectacle un peu fou leur est venue en deux temps. D'abord en 2013 : au moment de leur audition d'entrée au conservatoire Gabriel Fauré à Paris.

« Mélodie et William avaient reconstitué la scène finale de Titanic en transformant une palette de bois en radeau et en restituant le bruit du ressac avec des bouteilles d'eau », témoigne Hugo Cavadini, administrateur de la compagnie. Cinq ans plus tard, à leur sortie d'école (l'École supérieure d'art dramatique pour Mélodie, l'École supérieure de la réalisation audiovisuelle à New York pour William), le souvenir de la réaction « emballée » du jury leur a donné envie de tenter une transposition de l'ensemble du film comme première création. Au gré de résidences d'écriture à Paris, à Saint-Ouen, à Aubervilliers, mais aussi à Avignon, les deux amis comédiens ont imaginé un spectacle d'une heure trente qui a été joué pour la première fois au centre Actisce Les Halles, à Paris, en mars dernier.

 

Petits moyens et grosses ficelles

 

Pour restituer sur le plateau les effets spéciaux de cette superproduction, l'auteur du décor, le plasticien Vincent Leplat, a recouru à des morceaux de carton, découpés et coloriés, qui offrent au spectacle une esthétique proche de celle des films de Michel Gondry. Pour simuler le souffle de la brise qui décoiffe Rose, dans l'inoubliable scène à l'avant du paquebot, une accessoiriste passe sur scène avec un sèche- cheveux. Les batailles de boule de neige sont reconstituées à l'aide de boulettes de papier chiffonné. Pour le reste, un écran géant sert de toile de fond. Y sont projetées, outre l'itinéraire du bateau (façon compagnie aérienne), des séquences qui empruntent tantôt à l'univers des jeux vidéo, tantôt à celui des réseaux sociaux. Loin de faire amateur, ces artifices introduisent dans le show une forme d'onirisme que ne renierait pas le chef décorateur de cinéma Stéphane Rozenbaum. Lequel, deLa Science des rêves à Microbe et Gasoil, en passant par L'Écume des jours, tous signés Gondry, a fait des décors « low-cost » un argument poétique.

En dehors des décors, tout est ici excessif. Mélodie Le Blay interprète une Rose Calvert cacochyme de plus
de 120 ans (sic). Bérangère McNeese campe le même personnage jeune, en passe de succomber aux charmes de Jack Dawson, auquel Matthias De Gail s'ingénie à prêter une ambiguïté, source de quiproquos. Si l'issue du drame est

connue dès l'entrée en scène des protagonistes, l'orientation sexuelle de Jack, irrésistiblement attiré par les hommes, crée ainsi une forme de suspense. Y aura-t-il idylle entre Jack et Rose ? Rien n'est moins sûr.
Petit budget oblige : les seconds rôles incarnent plusieurs personnages.

William Pelletier cumule, quant à lui, tous les rôles de méchants : le fiancé de Kate, puant de suffisance (Caledon Hockley, ici rebaptisé Karl), mais aussi l'architecte duTitanic, Thomas Andrews, trop sûr de lui quant au caractère insubmersible de son bateau. Sans oublier Brock Lovett, l'archéologue qui espère, 106 ans après le naufrage, mettre la main sur le fameux diamant « Cœur de l'océan » en explorant l'épave du géant des mers avec ses drones sous-marins.

 

Les icebergs chantent Stromae

 

Truffé de clins d'œil cinéphiliques – les mélodies et dialogues tirés du film de
James Cameron interviennent souvent au moment où on les attend le moins, mais aussi d'allusions aux 
Valseuses de Bertrand Blier, aux Dents de la mer et à Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg –, le spectacle emprunte résolument au genre burlesque. Bourré d'anachronismes (Rose, adolescente, flirte sur Tinder ou écoute de la musique sur son iPhone, les marins s'envoient des SMS ponctués d'émojis imagés), le show se fait parfois volontairement outrancier. Comme lorsque les icebergs se mettent à chanter le tube de Stromae : « Papaoutai ». On ne s'en formalisera pas venant d'une troupe de si jeunes comédiens dont l'ambition semble, avant tout, de faire entrer les spectateurs dans leur délire de « bande de potes ». Reste qu'une lecture allégorique de cette pièce peut aussi faire réfléchir au destin de notre société. « Sans vouloir faire de notre spectacle un acte politique, il est indéniable que nous aimerions faire prendre conscience au public que nous sommes un peu comme les passagers du Titanic qui filent à vive allure, entourés d'icebergs », confie Hugo Cavadini. « L'histoire de ce bateau métaphorise la course effrénée à la performance que nous vivons tous. En ce sens, elle offre un miroir à notre société qui, loin d'avoir tiré les leçons de ces catastrophes, tend à les reproduire », poursuit le jeune homme.
En avril prochain, la troupe Acid Drama reprendra ce spectacle au théâtre de la Reine Blanche dans le 18e arrondissement, à Paris. Ses comédiens espèrent que le spectacle tournera ensuite en province. Mais ils réfléchissent d'ores et déjà à la suite : une nouvelle transposition d'un film pour le théâtre. Celle de 
Gladiator de Ridley Scott. On a hâte.

 

Baudouin Eschapasse le 09/11/2018

https://www.lepoint.fr/pop-culture/a-voir/embarquez-sur-le-titanic-au-theatre-08-11-2018-2269610_2971.php

 


Maze Magazine, le 19 Juillet 2019

ICEBERG – Titanic revisité au Théâtre de la Reine Blanche. 

photo © Tristan Ponsot

Enfin, pour ceux qui n’auraient pas la chance de pouvoir aller à Avignon, vous pouvez toujours aller voir Iceberg, l’adaptation scénique de Titanic sur la grande scène du théâtre de la Reine Blanche (Paris 18). La jeune compagnie Acid Drama s’est attaquée au film culte pour en faire une fable actuelle entre onirisme et comédie. Comme dans le film, 107 ans après le naufrage du célèbre bateau, Rose, alors vieille dame, tente d’aider le chercheur Brock Lovett à retrouver le cœur de l’Océan en faisant revivre aux spectateurs ses souvenirs à bord du plus grand paquebot du monde. Une pièce parodique animée par l’énergie incroyable de ses comédiens qui parviennent parfaitement à s’approprier le plateau par le jeu et les décors.

Diane Lestage, Maze Magazine le 19/07/2019

https://maze.fr/2019/07/agendart-special-off-davignon/


"UN SPECTACLE DÉLIRANT!"

photo © Cie Acid Drama

Première escale réussie pour l'équipage du RMS Titanic et son "Iceberg" au Centre Paris Anim' les Halles le Marais, après trois belles représentations !
Vous pourrez retrouver ce délirant spectacle de la Compagnie Acid Drama autour du film culte de James Cameron les 24 et 25 avril 2018 20h30 au Théâtre El Duende d'Ivry-sur-Seine.

Rémi Prin programmateur du Centre Anim' Les Halles, Paris.



Service Culturel Sorbonne Université, le 10 Avril 2019

Iceberg durant, on ne craint pas le froid.

photo © Elliott Verdier
Tandis que la pièce se joue, plus aucune règle n’existe, les contemporains voyagent dans les souvenirs des anciens, les éléments naturels ont la parole et les femmes font la loi. Tel est le modus vivendi de la pièce.
Qu’on se le dise, cette parodie du Titanic est à mourir de rire. Afin de briser toujours plus les règles, le spectacle a déjà commencé lorsque l’on entre dans la salle. Pendant que nous nous installons, la vieille Rose est attablée dans une maison de retraite. Elle joue au UNO avec un vieil homme. Sybillin, un fond sonore plante le décor. Il est d’ailleurs composé de valises brunes empilées formant un meuble.
Les deux joueurs de cartes jouent au ralenti et semblent jouer sans fin, comme si leurs vies ne faisaient que se répéter sans but précis. Triste retraite. C’est l’appât-du-gain d’un jeune chercheur de trésors affamé qui viendra donner du rythme à cette maison de retraite. Rose ne peut s’empêcher de l’embarquer dans de folles aventures, celles de ses souvenirs.
Ainsi on découvre une Rose effarouchée. Son mari ne l’intéresse guère. Trop macho et de collusion avec sa mère. Elle désobéit à sa mère car elle souhaite voir son dessein aboutir afin de nettoyer l’opprobre jeté sur leur famille, ruinée. Alors elle décide de s’inscrire sur Tinder. Grâce à un projecteur, on l’observe « swiper » à droite ou à gauche sur le navire.
Elle matche avec Jack, un jeune homme bisexuel et français. En bon français il tente de lui apprendre à bien prononcer son prénom « Jâââques ». dès sa rencontre Rose est sous le charme et découvre un artiste qui peint… Fabricio, son amant. Elle se retrouve alors en concurrence avec un homme qui n’est pas présent. Elle demande elle aussi à se faire tirer le portrait. Ni une ni deux, elle se retrouve un bras derrière, la jambe en l’air, le pied retourné, à poser sur un petit canapé.
Voyageur clandestin sans le sou, Jack propose ses services que Rose compte bien récompenser. Pour se faire, elle lui offre le diamant bleu de la Couronne offert en grande pompe par son mari devant la haute société présente sur le navire. C’est bien autour de ce joyau que s’articule toute l’histoire de la pièce. Le mari de Rose, grand macho fou préfère penser que Jack a volé Rose tandis qu’elle se tue à lui dire le contraire. Mais il ne l’écoute pas. Ça fait une belle scène d’un comique absurde où il cherche ses mots pour lui prouver que, dans leur couple, elle peut décider… De ce qu’elle fera faire à ses femmes de chambre et de ses tenues.
Parmi toutes ces larmes de joies, il est arrivé d’avoir la gorge serrée, non pas quand Jack tombe au fond de l’eau mais quand le bébé iceberg qui éventra l’insubmersible se retrouva esseulé, loin de ses parents, victime de la cruauté humaine.
Féminisme, écologie, anticapitalisme dénué d’humanité rythment joyeusement cette pièce durant laquelle, il fut difficile, pour ne pas dire impossible, de ne pas rire à gorge déployée. Prouesse remarquable, les quatre acteurs échangent les rôles pendant presque deux heures, sans jamais se tromper.
Replacement temporel oblige, on ne sert pas la main à une dame à cette époque, on la lui baise. Cette information n’est pas anodine, on risquerait de vous y prendre.


Fanny-Rachel Zimbler-Convert le 10/04/2019

http://www.culture-sorbonne.fr/iceberg-compagnie-acid-drama-theatre-de-la-reine-blanche/


Service Culturel Sorbonne Université, le 10 Avril 2019

ICEBERG / Cie Acid drama / Théâtre de la Reine Blanche

photo © Elliott Verdier

106 ans après, l’histoire du Titanic nous est à nouveau racontée, mais cette fois-ci, le bateau mythique est dénué de tout romantisme, de toute histoire d’amour poétique et de tout charme suranné. Iceberg joué en petit comité au théâtre de la Reine Blanche est contemporain, dynamique, ancré dans l’air du temps. C’est un florilège de décors absurdes en carton ou bouts de tissus colorés, de répliques cinglantes, de gestuelles comiques, mais toute cette histoire qui renouvelle le fait divers incroyable source d’un film légendaire est porteuse de nombreux messages importants.
Tout est relaté grâce à un inspecteur hautement intéressé qui se lance à la recherche du médaillon perdu de Rose, désormais quelque peu sénile et dont la mémoire est bien trop sélective. Ce ne sont que des émotions, des moments, des rêves de jeune fille conservés toute une vie. Des instants si forts qu’ils emmèneront l’inspecteur pragmatique dans des flashbacks vraiment très réalistes, et permettant au spectateur de découvrir comme lui d’un oeil amusé la traversée pourtant tragique de ce bateau historique.
C’est un Titanic sur lequel on s’envoie des SMS plein d’abréviations et d’émoticônes , que le public peut lire sur un écran qui ajoute une touche de multimédia très actuel et qui nous narre la rencontre de Jack (plutôt Jacques dans la pièce) et de Rose comme de deux jeunes lycéens sur une appli de rencontre. C’est un Titanic sur lequel il y a une météo présentée par une miss météo en tenue de marin, et qui nous dévoile la course inéluctable du bateau vers le fameux iceberg et donc vers la mort. C’est un Titanic sur lequel toutes les conventions sociales originelles sont renversées : Jack vit parallèlement un amour homosexuel et ce sont des hommes qu’il dessine nus, préférant laisser Rose en peignoir. D’ailleurs cette grande et mémorable scène du dessin est ici tournée en ridicule, brisant un peu (et pour la bonne cause) le souvenir romantique et sensuel d’un artiste fasciné par sa nouvelle muse bourgeoise. La femme n’est ici plus au centre du fantasme masculin, et elle-même une héroïne végétarienne qui s’oppose à la domination de sa mère et de son mari non choisi, obsédé par la richesse et les apparences. C’est un Titanic où tout n’est qu’amusement et où personne ne se soucie de l’iceberg mortel, mais plutôt de boire des litres de champagne en carton. Et bien sûr, les premiers à sauter, ceux qui n’ont pas leur place dans les canots de sauvetage de la bonne société, ce sont les laissés pour compte, ou ceux qui se révoltent, des étudiants aux mécaniciens aux gilets jaunes même.
Le fameux choc du bateau est finalement raconté du point de vue de l’iceberg éponyme de la pièce : sûrement une première mais une image forte pour un message écologique sur la fonte des glaces et la souffrance des océans. « C’est l’humanité » déclare l’iceberg face à la violence de la collision. Une phrase brève qui fait sourire mais si significative pourtant. C’est une pièce devant laquelle on rit mais on réfléchit aussi, tout en se rappelant l’histoire fascinante de ce naufrage et de ses secrets enfouis.


Elodie Leroux le 10/04/2019

http://www.culture-sorbonne.fr/iceberg-compagnie-acid-drama-theatre-de-la-reine-blanche/


Service Culturel Sorbonne Université, le 10 Avril 2019

ICEBERG / Cie Acid drama / Théâtre de la Reine Blanche

photo © Caterina Biasi

Lorsque l’on entre dans la salle, on a l’impression d’être en retard et que le spectacle a déjà commencé. Pourtant en regardant sur sa montre, il n’est que 18h50 et il faut encore patienter dix minutes. Vous l’aurez compris les acteurs sont déjà sur scène et jouent une première scène, silencieuse, avant même le début de la pièce. Le spectateur est donc directement plongé dans l’atmosphère du théâtre et personne ne parle. Le décor représente une maison de retraite où deux personnes âgées jouent au « UNO ». On entend au loin le bruit de la mer, un détail qui permet d’annoncer la couleur et le thème de la pièce.
En effet, cent six ans après le naufrage du Titanic, Rose, très âgée, tente de rassembler ses souvenirs pour aider le chercheur de trésors. Le cœur de l’océan a disparu, et beaucoup aimeraient mettre la main dessus. C’est en réalité une parodie du film « Titanic ». Iceberg rejoue cette mythologie moderne et devient un grand cirque farfelu et politique. La pièce présente une parodie du film, il est donc préférable de l’avoir vu au préalable pour comprendre les nombreuses références qui le constituent. Comme par exemple la scène où Jack apprend à cracher à Rose, la scène où au moment où il la dessine, tout en jouant sur la sexualité de ce dernier. L’intrigue centrale, celle de la recherche du cœur de l’océan, n’est qu’un prétexte pour cette pièce puisqu’elle n’est pas même résolue à la fin. Une manière de montrer que cette intrigue n’est là que pour tenir l’attention du spectateur et que le but de la pièce n’est qu’amusement et parodie.
La pièce profite de cette liberté qu’elle s’est imposée pour faire passer des messages politiques actuels. D’abord sur la bêtise humaine, qui veut et voit toujours trop grand, notamment avec le bateau Titanic qui est soi-disant « incoulable ». Puis sur l’environnement avec la fonte des glaces et le régime alimentaire. En effet, Rose est végétarienne et lutte contre la viande et la société de consommation qu’incarne son fiancé. La pièce est très moderne et est complètement ancrée dans notre époque, en témoignent les nombreux clins d’œil et références aux gilets jaunes, à Tinder, à des paroles de chansons tels que les artistes contemporains MaitreGims et Stromae.
Présence aussi de Méta-théâtre, les acteurs prennent de la distance sur ce qu’ils sont en train de jouer. Cette autodérision nous montre qu’ils ont conscience de leurs travers. Ils se moquent du flash-back, de l’utilisation de sèche-cheveux, du téléphone et des écouteurs alors que la pièce est censée se dérouler en 1912. Les décors sont très riches et très bien faits. Le bateau est presque entièrement reconstitué, les coupes sont pleines de champagne, les costumes sont d’époque. Pas la peine de d’imaginer, tout nous est présenté sous les yeux.
Bien sûr, les scènes sont grotesques, les traits des personnages sont exagérés, le vocabulaire est cru mais si l’on laisse sa raison de côté et qu’on se laisse entraîner par l’histoire, on passe un très bon moment.


Hafi Simon le 10/04/2019

http://www.culture-sorbonne.fr/iceberg-compagnie-acid-drama-theatre-de-la-reine-blanche/


Le Midi Libre, le 24 Octobre 2017

"UN SPECTACLE RÉJOUISSANT PROPOSÉ PAR LA CIE ACID DRAMA À TAVEL, EN AVIGNON"

photo © Frances Ashley

Une jeune troupe d'acteurs tout frais débarqués d'un conservatoire de la capitale ont posé dernièrement talents et costumes à Tavel, en Avignon. En résidence au théâtre "Viens Voir! », ils ont offert avec "Iceberg" une étape de travail très aboutie sous forme d'un spectacle autour du film "Titanic". Cinq acteurs et actrices ont déroulé avec fougue une énigme sur un collier en diamant qui aurait appartenu à Louis XVI et dont la propriétaire est une rescapée du naufrage, la vieille dame ne se souvenant plus du tout ce qui s'est passé avec ce collier. Tandis que la chasse au trésor s’intensifie, la tragédie du naufrage est évoquée en arrière plan comme avec cette liste où ceux pour qui il n'y aura pas de place sur les canots de sauvetage (tout le personnel, les immigrés, les marins…) sont énumérés dans une liste infinie. Les moments comiques alternent avec des images plus sensibles comme ces deux icebergs qui se font pulvériser par le navire au moment de couler. Le public nombreux s'est retrouvé après le spectacle pour échanger autour de cette belle étape de travail de la Cie Acid Drama. Texte et mise en scène de William Pelletier et Mélodie Le Blay. Avec: Mélodie Le Blay, William Pelletier, Boris Balsan, Mattias De Gail, Lucie Dordoigne."

Frances Ashley correspondante du Midi Libre, le 24/10/2017

à consulter sur : http://www.midilibre.fr/2017/10/21/un-spectacle-rejouissant-propose-par-acid-drama-a-tavel,1577832.php